Wanda, film tiré d'un fait divers a été réalisé, écrit et interprété par Barbara Loden, femme et actrice d'Elia Kazan. Il s'agit de sa seule et unique expérience en tant que cinéaste.
Les premières images, à la manière d'un documentaire, démarrent sur un décor sordide d'une petite ville minière américaine.
Puis toute aussi sordide, Wanda nous est présentée en peignoir et bigoudis affalée sur un canapé, totalement passive. Elle semble indifférente à tout ce qui l'entoure et lui arrive, son divorce, le retrait de la garde de ses enfants, la perte de son emploi. En fait tout ce qui était la cause de son aliénation. Pour la société qui va la rejeter, Wanda est une femme et une mère indigne.
Wanda, c'est l'histoire d'une femme libre, issue de la classe ouvrière, une vagabonde sans but, une anti-héroïne du cinéma américain de la fin des années 60. Elle n'est pas attachante et ne fait rien pour l´être, elle n'a ni personnalité ni envergure, ne s'intéresse à rien, et c'est justement cette sordidité qui va nous émouvoir.
Pourtant une petite étincelle de vie va apparaître chez cette morte vivante lorsqu'elle rencontre Denis un truand minable qui va faire de Wanda sa complice consciencieuse. Mais son parcours, on le sait depuis le début, est perdu d'avance. Wanda est le premier loser au féminin. Le cinéma américain nous avait plutôt habitués aux personnages de loser au masculin.
Wanda est en quelque sorte un film autobiographique. On peut imaginer que Barbara Loden se condidérant comme une femme sous influence, mariée à un personnage comme Elia Kazan. En tout cas, ce film austère au minuscule budget est le témoignage d'une cinéaste sans influence qui jette sur la société américaine des années 60 un regard sans complaisance. Barbara Loden est décédée en 1980 à l'âge de 48 ans. Elle aura été la première femme cinéaste d'importance avec ce film unique.
Isabelle Huppert a racheté les droits du film en 2003, ce qui a permis de découvrir ou redécouvrir ce chef d'oeuvre.